5 livres sur le foot

Vous aimez le foot ET les livres ? En cette période de Coupe du Monde, quelques idées de lecture entre un match et l’autre avec notre selection de cinq livres sur le foot.

 

Nick Hornby, Carton jaune, 10/18 (2006). Match après match, saison après saison, le football rythme la vie de Nick depuis qu’à onze ans son père l’a emmené assister à sa première rencontre. Qu’il vente, qu’il pleuve, que son équipe gagne ou perde, il est toujours là, supporter inconditionnel dont l’obsession dévore peu à peu le reste de l’existence. Mais la passion n’empêche ni l’humour ni la lucidité, et le fan de foot se dévoile peu à peu, dressant en creux le portrait touchant d’un homme, d’une famille et d’une génération. À tous ceux – et toutes celles – qui ne comprennent pas que l’on puisse se passionner pour vingt-deux types en short courant après un ballon, Nick Hornby apporte la plus savoureuse des explications.

Luigi Carletti, Six femmes au foot, Liana Levi (2013). La foule est dense et fébrile, le bruit assourdissant, l’ambiance lourde d’attente. Le match opposant les deux clubs milanais rivaux, le Milan AC et l’Inter, est un des grands événements de la saison. Alors que, sur le terrain, les deux équipes s’échauffent, les supporters exhortent leurs idoles avec ardeur. Dans la cohue, il y a aussi des femmes. La plupart se contentent d’accompagner leur mari par devoir. D’autres sont là par passion. Mais certaines ne sont pas venues pour voir le match. Elles ont une mission à accomplir, un compte à régler, un homme à guetter, à démasquer, à tuer peut-être. Déterminées, elles attendent…
Ce stade en transe est à l’image de l’Italie d’aujourd’hui : machisme vacillant, immigration mal digérée, show-biz omniprésent, magouilles inévitables… et humour à revendre.

Mathias Roux, Socrate en crampons : Une introduction sportive à la philosophie, Flammarion (2010). Le football offre une incomparable invitation à philosopher. Penser au rythme d’un match de légende – la finale de la coupe du monde 2006 entre la France et l’Italie – en associant chacune de ses dimensions (faits de jeu, spectacles des tribunes, commentaire) à un problème de philosophie, tel est le principe de ce livre. Il s’adresse à la fois aux élèves désireux de se familiariser avec les notions du programme de terminale et à tous ceux qui veulent s’initier à une réflexion philosophique vivante plutôt qu’absorber une énième  » histoire des idées  » coupée de ses sources d’inspiration. S’il était légitime que l’arbitre expulse Zidane, était-ce pour autant légal ? Comment l’image ralentie pourrait-elle enregistrer un fait de jeu plus fidèlement que l’oeil de l’arbitre si toute perception nécessite aussi une interprétation ? Faut-il considérer le stade de football comme un lieu en marge de la vie sociale ordinaire ou, au contraire, comme un concentré symbolique de la société ? Voici quelques-unes des questions traitées au gré de chapitres sur le désir, le langage, la liberté, la vérité, le pouvoir, etc.

John King, Aux couleurs de l’Angleterre, Editions de l’Olivier (2005). Unis dans le même élan patriotique,  » 100 % Anglais, 100 °% Chelsea « , ils sont en guerre. Au pub de l’Unity, leur QG, Harry et sa bande ont mis au point leur programme. Prendre le ferry pour Amsterdam, beuveries, drogues, bagarres et coucheries, puis rejoindre en train Berlin pour assister au match Angleterre-Allemagne et défendre leurs couleurs à n’importe quel prix. Berlin est à feu et à sang mais la réputation anglaise est sauve. Bill Farrell, un vétéran de la Seconde Guerre mondiale qui connaît bien Harry et les autres – ils fréquentent le même pub -, est horrifié par ces hooligans et par le discours des journalistes présentant leurs bagarres comme une  » guerre « . Qu’ont-ils à voir avec le jeune soldat débarqué sur la côte normande en juin 1944 pour défendre fièrement la bannière de son pays?Aux couleurs de l’Angleterre, dernier volet d’une trilogie entamée avec le mythique Football Factory, raconte deux traversées de la Manche à cinquante ans d’intervalle et dresse un parallèle percutant entre guerre et hooliganisme. Cru, tantôt burlesque ou tragique, ce roman résolument politique dénonce la violence gratuite et l’opportunisme des médias.

Luca Masali, Kadhafi, le foot et moi, Métailié (2017). Début des années 80. Dans une Turin dominée par la Fiat, où les Brigades rouges tirent leurs derniers coups de feu, Giovanni Oddone, petit dealeur et demi-maquereau que seuls le football et les grosses voitures passionnent, est arrêté à la suite d’un imbroglio qui lui vaut d’être accusé de terrorisme. Mais, du fond de sa prison, il va se lancer dans une entreprise à la mesure de son hilarante mégalomanie : monter une arnaque grandiose impliquant la Fiat, la Toro – l’autre équipe de foot turinoise – et Kadhafi. Pour cela, il va utiliser les charmes plastiques de Cosetta, sa petite amie pas vraiment soumise, et les folies cocaïnées d’une héritière fantasque de l’empire Agnelli, mais il lui faudra compter sur de nombreux adversaires : les bureaucrates du foot, une policière amoureuse de Cosetta et surtout la mafia, qui tire les ficelles. Roman d’une époque qui brasse aussi bien l’histoire des luttes sociales que celle de la mondialisation industrielle, la géopolitique de la Méditerranée et la catastrophe du stade Heysel, ce livre est habité d’une allégresse désespérée. Il nous fait vivre au rythme fou d’un petit délinquant qui se heurte à bien plus gros que lui et dont les rêves consuméristes résument assez bien l’histoire de la fin du siècle. Si on rit souvent, on ne peut s’empêcher aussi d’être ému, à la fin, par cette version défoncée du pot de terre contre le pot de fer.