Sara Lövestam

Née à Uppsala le 13 juillet 1980, Sara Lövestam est professeur de suédois pour les immigrés, journaliste free lance et militante LGBT, elle tient une rubrique pour le grand magazine gay QX. Nous vous proposons quelques titres pour découvrir l’univers de cette auteure.

Dans les eaux profondes, Actes Sud (2015). Malte, cinq ans, le sait bien, on le lui rappelle assez chez lui : les services sociaux viendront le chercher s’il évoque devant les maîtresses de la crèche l’apathie de sa mère, son haleine douceâtre, les bouteilles qui s’accumulent sous l’évier ; s’il dit un mot des insultes proférées par Ove, le compagnon de maman ; s’il évoque la violence quotidienne dont il est tour à tour témoin et victime. Lorsqu’il fait la connaissance de cet homme blond qui lui parle à travers la grille de la crèche, il voit en lui un ami. D’ailleurs Roger, gentiment, lui propose son aide pour garder un secret. Enfin quelqu’un qui lui accorde ce semblant d’attention que sa mère et le compagnon de celle-ci, sous l’effet de la colère ou de l’alcool, lui refusent. Puis Roger rencontre sa mère, se fait insistant, lui offre de garder Malte… Ce spectacle, le Témoin, depuis sa fenêtre donnant sur la crèche, l’observe d’un mauvais oeil. Quelque chose cloche derrière l’amabilité de cet homme, ses gestes trop appuyés. Poussé par des souvenirs douloureux, le Témoin décide de passer à l’action… Au fil de ce récit d’une grande audace, mêlant avec brio les perspectives, Sara Lövestam propose un voyage dans les pensées de Malte. Épousant son regard, restituant son interprétation personnelle de tout ce à quoi il est confronté, elle parvient à approcher de manière aussi saisissante qu’inédite un thème éminemment complexe, frôlant l’indicible. Une oeuvre subtile et magistrale.

En route vers toi, Actes Sud (2016). Une broche en argent, une paire de lunettes tordue, une vieille règle en bois et des bottines à l’élégance désuète – quatre objets d’un autre temps viennent faire irruption dans la vie désenchantée de Hanna. Ce sont les derniers témoins de la passion clandestine de deux amantes, Signe et Anna, un siècle plus tôt, à la veille du combat pour le droit de vote des femmes en Suède. Intriguée, Hanna remonte obstinément la piste de ces objets qui sont pour elle devenus talismans.
En 1906, dans la petite ville de Tierp, Signe lance un coup de pied dans un arbre. La jeune institutrice s’indigne de la différence salariale entre hommes et femmes, confirmée par la lettre qu’elle vient de recevoir de Stockholm. Lorsque la grande oratrice Brita Löfstedt arrive à Tierp avec l’envoûtante Anna à ses côtés, sa vie bascule. S’impliquant corps et âme auprès des suffragettes suédoises, Signe s’embarque aussi dans une aventure amoureuse dont elle n’aurait jamais pu imaginer la portée.
Les désillusions d’aujourd’hui se heurtent aux passions d’antan dans cette fresque romanesque lumineuse. Avec une grande sensibilité et une intelligence critique redoutable, Sara Lövestam nous entraîne dans les méandres d’un amour impossible et une lutte politique qui n’a rien perdu de son actualité.

Chacun sa vérité, Robert Laffont (2016).  » Si la police ne peut rien pour vous, n’hésitez pas à faire appel à moi.  » Kouplan, détective sans-papiers. Depuis trois ans, Kouplan est en  » situation irrégulière « . Sa demande d’asile a été rejetée par la Suède mais il ne peut rentrer dans son pays, l’Iran, sans risquer sa vie. Dans l’attente d’un avenir meilleur, il lui faut échapper à la vigilance quotidienne des autorités, tout en gagnant assez d’argent pour subvenir à ses besoins : ex-journaliste, il songe à poursuivre dans l’investigation. Un jour, il propose ses services sur Internet et une femme lui répond : sa fille de six ans a été enlevée. Cette enquête va le précipiter dans le Stockholm underground, ces recoins de la ville où les clandestins sont des proies faciles pour les criminels…Premier volet de la tétralogie Kouplan, Chacun sa vérité a reçu le prix de l’Académie suédoise des auteurs de polars 2015.

 Ça ne coûte rien de demander, Robert Laffont (2018). Ça y est, l’autoproclamé « détective » Kouplan, immigré iranien à Stockholm, n’a plus un rond. Il en est réduit à collecter des cannettes vides pour les revendre contre quelques pièces.
En fouillant dans les poubelles du quartier huppé de Lidingö, il croise le chemin de Jenny Svärd, conseillère municipale aux dents longues, dont il surprend la conversation : Jenny vient de se faire escroquer par son amante, qui a disparu dans la nature avec deux cent mille couronnes. Puisque ça ne coûte rien de demander, Kouplan saute sur l’occasion pour lui proposer ses services d’enquêteur…

Différente, Actes Sud (2013).  Martin a des préférences sexuelles pour le moins inhabituelles : il est éperdument attiré par les femmes aux membres amputés ou manquants. Et quand il rencontre enfin Paula, c’est le coup de foudre.
Abandonnée à la naissance, Paula a toujours refusé de subir son handicap. Linguiste à l’université, elle prépare un doctorat. Elle n’a jamais eu d’aventure amoureuse et comprend mal l’enthousiasme de Martin à son égard.
Lorsque Leo, la meilleure amie de Martin, figure haute en couleur du milieu lesbien, entre sans gêne dans l’équation, c’est le début d’une guerre émotionnelle étourdissante qui va mettre en péril les convictions de tout un chacun…
Dans une prose revigorante et dynamique, Sara Lövestam incarne des personnages extrêmement fouillés qui se heurtent à des situations peu banales – mais non moins fondamentales. Sans jamais tomber dans le cliché ni dans l’artifice du sensationnalisme.